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Retour vers Le cothurne étroit

Versus vitæ


Jeanne d’Arc (1412 – 1431)

Pucelle, chef de guerre au service de Dieu,
De son roi, de la France, elle meurt par le feu.


Gerbert d’Aurillac (946 – 1003)

Prof de maths, de musique et mainte autre matière,
Il met au goût du jour chez les savants chrétiens
Le bon vieil Aristote et les chiffres indiens.
Le roi Hugues Capet le prend pour secrétaire.
Au sein des cours d’Europe il mène un jeu subtil
Et fait tant et si bien qu’il est pape en l’an mil.


Joséphine Baker (1906 – 1975)

Venant d’un milieu pauvre, elle en sort par la danse.
Elle est, au music hall, la star du jazz en France.
On lui sait deux amours, son pays et Paris,
Mais elle en a bien plus, et cinq ou six maris.
Elle est sur tous les fronts : d’abord la Résistance
Puis pour les droits des Noirs, contre les lois racistes.
Elle entre au Panthéon pour le rendre moins triste.


Jean-Michel Basquiat (1960 – 1988)

Avec ses graffs il rend New York un peu moins grise.
Grâce à Andy Warhol il obtient ce qu’il vise
Et se vend aujourd’hui des millions chez Christie’s.


Sarah Bernhardt (1844 – 1923)

Prête à se faire nonne, elle opte pour la scène
Et grâce à sa voix d'or elle prend du galon.
Où qu'elle aille jouer, la salle est toujours plaine
Pour Ruy Blas, Phèdre, Hamlet ou plus tard pour l'Aiglon.
Même une jambe en moins ne la met pas à terre :
On la voit aux côtés des poilus dans la Guerre.
À cet astre en tous lieux et tous temps admiré,
Jean Cocteau donne un nom : c'est un monstre sacré.


Georges Bizet (1838 – 1875)

Ce fils de musiciens, sans nul doute très doué,
N’a que peu de succès — et pas plus dans l’hymen.
Il meurt trois mois après le bide de Carmen,
Qui sera bien plus tard l’opéra le plus joué.


Hélène Boucher (1908 – 1934)

Elle devient pilote au cours de sa jeunesse,
Cumule en peu de temps des records de vitesse,
Est féministe aussi — mais dans un crash tout cesse.


Louis Braille (1809 – 1852)

À l’âge de trois ans un accident tragique
Lui fait perdre la vue, mais pas l’envie de lire.
Treize ans plus tard il crée un système graphique
De six points en relief qui lui permet d’écrire
Le français, la musique et les mathématiques.


Georges Brassens (1921 – 1981)

Déjà tout jeune à Sète il aime la musique
Mais sa réputation est mauvaise. À vingt ans
Il part seul à Paris. Il se donne le temps
De parfaire son style acerbe et poétique.
Enfin le succès vient : de Jeanne aux bancs publics,
Du gorille à Margot, tous l’aiment, sauf les flics.
Comble pour cet anar, il devient un classique.


Jeanne Calment (1875 – 1997)

Elle est née un dimanche en Arles, dans le temps
Des premiers pas de la Troisième République.
Elle a vu le début de l’école publique
Et Dreyfus part au Diable au jour de ses vingt ans.

Elle épouse un bon gars, tous deux sont très contents.
Elle aime l’art, le sport, le vin et son physique.
Elle perd bien trop tôt, hélas, sa fille unique
Et son seul petit-fils meurt dans un accident.

Ce n’est qu’à septante ans qu’elle a le droit de vote.
Vingt ans plus tard on prend son logis en viager
Sans savoir à quel point c’est un contrat piégé.

Elle passe cent ans, cent dix, cent vingt... On note
Que personne à ce jour n’a vécu plus âgé.


Charb (1967 – 2015)

Il n’aime pas les gens mais les croque un peu tous.
Il peut, en tant que chef, dire « je suis Charlie »
Quand il doit faire un choix de dessins qu’il publie.
Prêt à mourir debout plus qu’à vivre à genoux,
Il tombe sous les coups des islamistes fous.


Émilie du Châtelet (1706 – 1749)

Discours sur le bonheur montre qu’en tant que femme
Elle a peu de moyens de contenter son âme :
Quelques passions — le jeu, la musique et le drame —,
Des amants — on connaît surtout le grand Voltaire —,
La science — elle a traduit Newton, une première.


Agatha Christie (1890 – 1976)

À cette jeune auteur de contes et poèmes,
Sa sœur lance un défi : écrire un bon polar.
En marchant dans les pas des grands auteurs qu'elle aime
— Leroux, Doyle ou Leblanc — elle apporte à cet art
Un air neuf et plus pur. Ses deux meilleurs héros
Sont la vieille Miss Marple et le belge Poirot.
On la dit, dans le monde entier, Reine du crime,
On l'adapte à la scène et dans des films. En prime,
Sur les chantiers de fouille elle est une vraie pro.


Cléopâtre (-69 – -30)

La reine à l’esprit fort qui joue de son aura
Tient son royaume en main grâce à l’appui de Rome,
Donne un fils à César, à Antoine trois mômes,
Et meurt, à ce qu’on dit, du venin d’un cobra.


Auguste Comte (1798 – 1857)

Si ce vrai fils de la Révolution Française
Perd la foi vers treize ans, il entre à l’X à seize.
Prof de maths, il ne croit qu’à l’esprit positif.
Il touche un peu à tous les champs des connaissances
Dont la sociologie, et donne un ordre aux sciences.
Au bien de tout le monde il voue un culte actif.


Confucius (-551 – -479)

Ce grand lettré connaît les règles de l’éthique
Mais cherche en vain treize ans un roi qui les pratique.
Il dit que la vertu veut de l’érudition,
Que tout vient des Six Arts et de la tradition,
Qu’au chef, pour son mérite et non pour sa naissance,
Au père et au mari, on doit l’obéissance.
Il serait presque un dieu pour beaucoup de Chinois
Et son esprit inspire encore bien des lois.


Guillaume le Conquérant (1027 – 1087)

Devenu dès huit ans septième duc normand,
Pour asseoir son pouvoir il est toujours en guerre.
En épousant Mathilde il s’allie aux Flamands.
Quand le saxon Harold succède à son beau-frère,
Il le vainc à Hastings, devient roi d’Angleterre.
Il meurt d’un mal de ventre et sans gloire. À Bayeux,
Pour conter son histoire on brode à qui mieux mieux.


John Horton Conway (1937 – 2020)

Il veut faire des maths depuis qu’il a onze ans.
Les nombres peu banals au début vont lui plaire :
Surréels, transfinis, et bien sûr les très grands.
Vers ses trente ans il crée un monde cellulaire
Qui en un rien de temps devient très populaire.
Un de ses livres fait gagner à bien des jeux,
Les autres sont plutôt pour ses pairs, les matheux.
Il prouve par l’absurde et par la pandémie
Que l’on peut aussi perdre au grand jeu de la vie.


Savinien de Cyrano de Bergerac (1619 – 1655)

Pas Gascon malgré tout ce qu’on a pu vous dire,
Du Soleil, de la Lune, il a vu les empires.
Philosophe et rimeur, bretteur et musicien,
Au vrai sens de ce terme il fut un libertin.


Delphine Delamare (1822 – 1848)

Malgré ses deux amants, sa fille et son mari,
Elle prend du poison quand l’argent se tarit.
Flaubert en tire un livre : elle est la Bovary.


Dolly (1996 – 2003)

Naître de deux mamans la rend célébrissime.


Félix Fénéon (1861 – 1944)

Aux bureaux de la Guerre il débute à Paris.
Il risque un temps le bagne avec trente anarchistes,
Jette un œil neuf sur l’art dans tout ce qu’il écrit,
Dit Signac et Seurat néo-impressionnistes.
C’est grâce à lui qu’on lit Rimbaud, Joyce ou Jarry.
Ce roi des billets courts eût pu dire en trois lignes :
Félix fut un critique habile à la vue claire,
Anar pas pour son bien, ne cherchant pas à plaire.
Du banal fait divers il fit un genre digne.


Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657 – 1757)

En plein cœur du Grand Siècle il naît en Normandie.
Il se montre à vingt ans un bien piètre avocat,
Fait un bide à Paris avec ses tragédies,
Quant à sa poésie on n’en fait pas grand cas.

Il trouve enfin sa voie et brille en écrivant
Les Entretiens sur la pluralité des mondes.
Ce grand livre ouvre à tous le droit d’être savant
Et c’est un peu déjà les Lumières qu’il fonde.

De science et de français double académicien,
Quand à près de cent ans il achève sa ronde
Il reste un vrai Moderne et n’a rien d’un Ancien.


Anne Frank (1929 – 1945)

Bientôt après sa mort son vœu se réalise :
Son journal publié, qu’on l’aime, qu’on la lise.


Youri Gagarine (1934 – 1968)

Charmeur, pilote habile, un moral de champion,
Il passe avec Vostok deux heures dans l’espace
Qui hissent la Russie à la première place.
Sept ans plus tard il meurt dans le crash d’un avion.


Indira Gandhi (1917 – 1984)

En marchant dans les pas du grand Nehru, son père,
Elle est de ceux par qui l’Inde a pu s’affranchir.
Hissée au plus haut rang de l’État elle espère
En faire un pays neuf. Sans se laisser fléchir,
Par la force et le tact tour à tour elle opère.
Elle a de vrais succès, malgré de nombreux hics,
Mais meurt d’avoir violé le Temple d’Or des sikhs.


Gavroche (1820 – 1832)

L’enfant des Thénardier expert en cavalcade
Habite l’éléphant, meurt sur la barricade.


Olympe de Gouges (1748 – 1793)

Veuve dès dix-huit ans, ce bel esprit très libre
Défend les droits des noirs, du peuple et de la femme
Dans des pièces, pamphlets, écrits de tout calibre.
La Terreur la condamne à mort comme une infâme.
Plus d’une féministe à ce jour s’en réclame.


William Herschel (1738 – 1822)

Il est né près d’Hanovre. Instruit grâce à son père,
À dix-huit ans à peine il part pour l’Angleterre.
Il vit de sa musique en tant que professeur
Et se fait vite un nom comme compositeur.
Son rêve est, dans la nuit, la chasse à la comète.
Mais il est bien plus fort : il trouve une planète !
Puis de la Voie Lactée il trace le contour
Et ce n’est pas la fin : il découvre un beau jour
La lumière infrarouge. Une tête bien faite...


Alfred Jarry (1873 – 1907)

Poète de l’absurde, auteur, graveur parfois,
On se souvient de lui pour le Père Ubu roi,
Pour ses mots crus, les jeux de sa verve caustique
Et, depuis qu’il est mort, pour la ’Pataphysique.


Louise Labé (1524 – 1566)

Dans l’école de Lyon s’inscrit sa poésie :
Un long débat en vers d’Amour et de Folie,
Des sonnets où la femme aime, désire et pleure,
Un chant pré-féministe en forme d’élégie.
De nos jours, des gens croient qu’elle ne fut qu’un leurre.


Suzanne Lenglen (1899 – 1938)

La Divine à vingt ans s'impose à Wimbledon
Puis gagne tous ses matchs en simple, en mixte, en double.
Quand la star se fait pro, sa carrière se trouble :
On vient voir tant son jeu que ses jupes fashion.


Louis XVII (1785 – 1795)

Dauphin, prince royal, premier en succession,
Prisonnier, orphelin d’une révolution.


Mahomet (570 – 632)

Selon la tradition il perd jeune sa mère,
Épouse à vingt-cinq ans une veuve prospère.
Vers quarante ans il est témoin d’un fait étrange
Et se met à dicter les mots reçus d’un ange.
Par la suite il devient émir et chef de guerre.
Pour un humain sur quatre il est digne de foi :
C’est le dernier prophète à transmettre la Loi.


Mathusalem (687 – 1656 après la Création)

On apprend dans la Bible, au cinq de la Genèse,
Qu’il est né quand son père a soixante-cinq ans.
Quand son fils à lui naît il a trois fois autant,
Puis il vit encor près de huit siècles, à l’aise.

On en trouve un peu plus : que Lamech est le nom
De son fils et Hénoch celui de son cher père,
Qu’il a d’autres enfants — oui mais combien ? mystère —
Et c’est à peu près tout ce que dit le canon.

Un bon nombre de gens, sur ce grand patriarche,
Sait en tout et pour tout qu’il a vécu très vieux.
Quant au fils de son fils on le connaît bien mieux :
C’est Noé, qui sauva les bêtes dans son arche.

À la fin du Déluge il n’est plus là pourtant.
Il est sans doute mort plus tôt la même année,
À moins qu’il n’ait cru bon de se mettre en apnée
Sans se douter que l’eau serait là si longtemps.

Qui veut en dire plus au sujet de sa vie
Doit inventer le reste à partir de ce peu.
On n’est plus dans la Bible, on entre dans le jeu.
Voilà pour ce qui suit à quoi je vous convie.

Pour ne pas donner prise à ces théoriciens
Qui croient qu’ils ont tout vu, je vous dis tout de suite,
Si le vieux père Hugo veut bien que je le cite,
Que ceci se passait dans des temps très anciens.

La Terre à ce moment tourne trois fois plus vite :
Un jour dure, du coup, huit heures à peu près.
Quand on se met au lit, on s’endort juste après
Car la nuit est trop courte, hélas, pour qu’on s’agite.

C’est sans doute pour ça qu’il faut dans les cent ans
Pour faire un seul enfant. Par un vrai coup de chance
Tout le monde vit vieux ; sans quoi, sans descendance
La race s’éteindrait en moins que rien de temps.

Tout là-haut dans le ciel la Lune est bien plus proche.
Elle apparaît plus grosse à nos yeux, c’est normal,
Aussi quand elle est pleine on n’y voit pas trop mal :
On peut lire le soir sans allumer de torche.

Le Soleil, pour sa part, nous chauffe un peu moins fort :
Trop jeune, il peine encore à brûler l’hydrogène.
Mais en fait ce n’est pas une très grande gêne
Si l’on prend soin de mettre un manteau quand on sort.

Plus loin, on touche au bout de la voûte céleste.
Ce que l’on peut y voir n’a pas beaucoup changé.
Pas de Polaire au nord car le pôle a bougé
Mais à des détails près on trouve tout le reste.

Le décor est en place, il nous faut des acteurs.
Si l’on en croit Buffon, Cuvier et tous les autres,
Leur taille et leur aspect sont assez loin des nôtres.
De quoi troubler nos sens et donner corps aux peurs.

Tout au fond de la mer, sur lit de coccolithes,
Un calmar de vingt pieds guette au sein des coraux.
Il ouvre un large bec ceint de trois rangs de crocs
Et se taille un festin dans un banc d’ammonites.

Dans les airs, le lourd vol de l’archéoptéryx
Qui rase au point du jour les troncs des sigillaires
Sous le lent va et vient de ses muscles alaires
Porte une ombre âcre et dense où l’on voit poindre un ptyx.

Sur le sol, dans un bois sépulcral et macabre
Où des T. rex géants font la chasse aux raptors,
On bute à chaque pas contre les os des morts
Quand on fuit sans espoir le tigre à dents de sabre.

C’est là que Dieu crut bon de bannir ses enfants
Pour punir l’un d’entre eux de trop aimer les pommes.
Ce lieu sombre et sans joie est donc le lot des hommes
Qui rêvaient pour leurs fils de matins triomphants.

Ils bâtissent en bois des isbas ou des huttes
Pour se garder du vent, de la pluie et du froid.
Quand se trouve une grotte, un antre, un bon endroit,
Ils tentent de le prendre au prix de folles luttes.

Je ne sais s’ils vont nus ou habillés de peaux.
Peut-être ont-ils du lin, du chanvre ou de la laine
Dont ils se font des fracs et des robes à traîne ?
Je les verrais très bien sous de tels oripeaux.

Sur un grand feu de tourbe ils font cuire leur soupe
De fève et de pois chiche au râble de lapin,
Puis ils vont déguster sur des tranches de pain
Un fromage bien fait qui se vend à la coupe.

Le soir à la veillée on se parle à mi-voix.
Dans un coin les plus vieux donnent des cours d’histoire.
Elle est si brève alors qu’ils l’ont toute en mémoire
Mais ils brodent quand même un peu plus chaque fois.

Quand d’une flûte en os sort une chaude note,
Quand un barde se lève et se met à chanter,
Dans la nuit tout se tait pour mieux les écouter
À moins que quelqu’un crie : « ah, c’est ta faute, il flotte ! »

Si le temps semble long parfois pour les moins grands
Ils jouent au jeu de l’oie, au loup, à la chandelle,
À Caïn contre Abel, au whist, à la marelle
Ou bien à d’autres jeux sans le dire aux parents.

Tel est le cadre où j’aime à croire que notre homme
A suivi son destin sans se prendre le chou.
Il a fait son travail, n’a pas quitté son trou.
Bon père et bon époux presque mille ans, en somme.

Hélas ! Le cœur de l’Homme est porté vers le Mal
Et Dieu se mit en rogne au point d’ouvrir la bonde
En l’an mille six cent cinquante-six du monde.
Il ne reste plus rien, suite au retrait de l’onde,
De ce parcours si long mais au fond très banal.


Louise Michel (1830 – 1905)

Fille du peuple instruite, elle enseigne aux petits
Et fait des vers. Blanqui la prend dans son parti.
Elle est de la Commune un des plus purs symboles :
Elle a fait ce que font les grandes âmes folles
S’il faut en croire Hugo, son ami de vingt ans.
Bannie au bout du monde, elle en revient portant
Le drapeau noir au sein des luttes libertaires.
Son nom est cher au cœur de tous les prolétaires.


Molière (1622 – 1673)

À l’Illustre Théâtre il débute à Paris.
Durant treize ans sa troupe arpente la province.
Ses Précieuses font mouche et plaisent même au Prince,
Puis vient la gloire avec l’École des maris.
Il met si bien en scène un mal imaginaire
Qu’il en meurt pour de bon. Depuis, on le vénère.


Guy Môquet (1924 – 1941)

Militant communiste, il est mort pour ce crime.
Au lycée, en histoire on lit sa lettre ultime.


Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791)

Grâce au don que très tôt son père repéra,
Il fut dès ses six ans une gloire en Autriche.
La musique qu’il laisse en tout genre est fort riche :
Sonates, concertos, de chambre ou d’opéra.


Gérard de Nerval (1808 – 1855)

Grâce à Faust, qu’il traduit quand il n’a pas vingt ans,
Il se fait vite un nom. Les pièces qu’il publie,
Ses nouvelles, ses vers, noirs ou gais, sont chantants
Mais ce grand voyageur en proie à la folie
Se pend au soleil noir de sa mélancolie.


Malik Oussekine (1964 – 1986)

Cet étudiant, cadet de sept frères et sœurs,
Croise des voltigeurs en quête de casseurs
Et succombe à ces flics devenus agresseurs.


Georges Perec (1936 – 1982)

Jeune orphelin de guerre élevé par sa tante,
Il écrit des romans où le manque est la loi.
Chaque livre qu’il donne est un défi qu’il tente :
De l’intime au savant, du drame à la détente,
Son œuvre est de la Vie un long mode d’emploi.


Marguerite du Périer (1593 – 1598)

Marguerite vécut l’espace d’un matin.


Eva Perón (1919 – 1952)

Pauvre actrice, elle épouse un colonel putschiste
Qui devient président. Cette Première Dame
Fait beaucoup pour le peuple et pour les droits des femmes.
Le cancer qui l’abat rend tout le pays triste.


Pocahontas (1595 – 1617)

Powhatan, elle sauve un Anglais de ses frères.
Épousant un colon elle est un temps fermière,
Traverse l’océan et meurt en Angleterre.


Jean Ier le Posthume (1316 – 1316)

 


Alexandre Pouchkine (1799 – 1837)

Jeune homme pas très beau, mal aimé par sa mère,
Il subit pour ses vers un exil bien cruel.
Dans Eugène et Boris sa langue est forte et claire.
Plus grand poète russe, il meurt dans un duel.


Raymond Poulidor (1936 – 2019)

Fils de fermiers creusois, à vélo dès l’enfance,
Après ses vingt-quatre ans c’est en pro qu’il se lance.
Il grimpe au moins dix fois le podium d’un grand tour.
Il est comme Anquetil le grand champions du jour
Et quand au Tour de France il rate la victoire,
Même sans maillot jaune il a droit à la gloire.
Sous le nom mal choisi de l’Éternel Second
On aime ce bon gars qui n’est jamais bougon
Tant les « vas-y Poupou ! » restent dans la mémoire.


Christian Ranucci (1954 – 1976)

A-t-il assassiné la petite Rambla ?
A-t-il eu le malheur de passer près de là ?
Personne ne le sait mais sa tête roula.


Edmond Rostand (1868 – 1918)

Poète, il vient au monde au premier jour d’avril.
Ses vers tendres et doux ont un parfum subtil
Comme ceux de sa femme et muse, Rosemonde.
Ses pièces de jeunesse ont un certain succès.
Cyrano, son chef-d’œuvre, a fait le tour du monde,
Symbole à tout jamais du panache français.


Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur (1799 – 1874)

Petite fille, elle est bien loin d’être un modèle
Dans sa famille noble et très proche du tsar.
À vingt ans, à Paris, ce n’est pas une star
Quand elle épouse un comte à peine plus vieux qu’elle.
Lorsque ses huit enfants sont à leur tour parents,
Elle écrit des romans où les petits vont lire
Qu’il faut être bon, juste et respecter les grands :
Un vrai succès mondial, ce n’est rien de le dire.


Bobby Sands (1954 – 1981)

Il se bat pour l’IRA mais est vite arrêté.
En grève de la faim car il est mal traité,
Il meurt un mois après être élu député.


Anne Sylvestre (1934 – 2020)

Elle quitte le nom de son père, un vichyste,
Pour s’en faire un à elle en chantant Rive Gauche.
Pendant que, de la crèche à la fin de l’école,
Ses disques à succès font le bonheur des mioches,
Elle offre à un public un peu plus progressiste
Des chansons où l’on rêve, on lutte, on aime, on viole,
Qu’on ne sait où classer à part en « féministe ».
Un peu sorcière aussi mais pas comme les autres,
Ceux qui doutent lui siéent mieux que les bons apôtres.


Jean-Marie Tjibaou (1936 – 1989)

Fils d’un grand chef kanak, très catho dans l’enfance,
Il entend promouvoir sa culture ancestrale.
Élu dans un parti qui veut l’indépendance
Mais se mue en un Front aux mains des plus violents,
Il signe à Matignon la paix avec les Blancs
Et moins d’un an plus tard il est tué par balle.


Alan Turing (1912 – 1954)

Il soumet le calcul aux lois de la logique.
Sa machine, un concept un tant soit peu magique,
Se mue en temps de guerre en arme stratégique.
Plus tard il étudie la forme biologique.
Une pomme croquée lui vaut sa fin tragique.


Lord Voldemort (1926 – 1998)

Enfant, c’est un très bon élève de Poudlard,
Sérieux quoiqu’un peu froid, un digne Serpentard.
Mais la peur de la Mort trouble son caractère.
Il pousse au plus haut point la honte de son père.
S’étant fait un surnom grâce à une anagramme,
Il choisit des objets pour y cacher son âme
Et se lance à l’assaut du monde en vrai démon.
Il est Celui dont nul ne doit dire le nom.


Amy Winehouse (1983 – 2011)

Back to Black fait connaître au monde sa voix rauque
Mais en-dehors du jazz son existence est glauque
Et se finit trop tot dans l’alcool et la coke.


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Nicolas Graner, avril 2020, Licence Art Libre