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Avatars de Nerval

Vers-libriste

Robert Rapilly

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Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
le monarque d'Aquitaine à la tour abolie :
ma seule étoile est morte, — et mon cistre constellé
porte le soleil ébène de la Mélancolie.

Dans l'obscurité du sépulcre, toi qui m'as consolé,
viens me restituer le Pausilippe et sa baie en Italie,
l'efflorescence dont s'enchantait tant mon entrain désolé,
avec des ceps de vigne dans quoi le raisin à l'églantine s'allie.

Serais-je Aphrodite, sinon Apollon ? Le seigneur de Lusignan ou bien Lord Biron ?
Le hâle de mon visage persiste incarnat depuis que l'ont pressé les lèvres de la reine
des chimères ; j'ai divagué au fond de la spélonque où dérive l'étrave de la sirène...

Alors on m'a vu, triomphant à chaque tentative, traverser puis retraverser l'Achéron :
modulant des gammes qui murmuraient, tour à tour entre les frettes de l'heptacorde d'Orphée,
les gémissements proparoxytons de la sainte et, suraigus, les hurlements de la fée.


Le sonnet évolue progressivement de l'alexandrin classique à des vers de plus en plus longs et de plus en plus libres. C'est l'inverse du sonnet alexandriniste qui « s'égaille ou s'égare en des vers longs, avant d'opérer une sorte de rétablissement par l'alexandrin ».


© Robert Rapilly – 2018